En avril 2025, une quinzaine d'enseignants venus de deux lycées de Calabre ont participé à une mobilité Erasmus+ à Bordeaux.

Le programme était accueilli par Glotte Trotters, organisme de formation bordelais qui accompagne notamment des groupes européens dans le cadre de mobilités Erasmus+. Il était principalement consacré au job shadowing. Les enseignants italiens ont observé des cours dans des établissements scolaires bordelais et échangé avec l'équipe pédagogique sur les pratiques d'enseignement en France.

Parmi les participants se trouvaient des enseignants de français et d'histoire. Glotte Trotters et Poppies and Daffodils ont organisé ensemble deux sorties consacrées à l'Occupation à Bordeaux et à l'histoire locale de la Seconde Guerre mondiale.

La première s'est déroulée aux Archives départementales de la Gironde, où était présentée une exposition sur le camp d'internement de Mérignac-Beaudésert. La seconde a eu lieu à la synagogue de Bordeaux.

Le camp d'internement de Mérignac-Beaudésert

Le camp de Mérignac-Beaudésert a fonctionné entre 1940 et 1944, aux portes de Bordeaux. Des résistants, des opposants politiques, des étrangers et des Juifs y ont été internés.

Pour les Juifs détenus à Mérignac, le camp a notamment servi de lieu de transit avant leur transfert vers Drancy et, pour beaucoup, leur déportation.

L'exposition présentée aux Archives départementales revenait sur cette histoire à travers des documents, des photographies et les parcours de plusieurs personnes internées.

Parmi elles se trouvaient Aaron et Nadia Cyrulnik, les parents de Boris Cyrulnik.

Né à Bordeaux en 1937, Boris Cyrulnik est un neuropsychiatre et auteur français connu notamment pour ses travaux sur les traumatismes et la résilience. Son histoire familiale est directement liée aux événements présentés dans l'exposition.

Ses parents ont été arrêtés lors de la rafle des 15 et 16 juillet 1942, puis internés au camp de Mérignac avant leur déportation. Aucun des deux n'est revenu.

Les enseignants italiens connaissaient cette période de l'histoire, mais l'histoire du camp de Mérignac et des persécutions à Bordeaux leur était moins familière.

Enseignants italiens découvrant une exposition sur Bordeaux et Mérignac sous l'Occupation aux Archives départementales de la Gironde
Des enseignants italiens découvrent l'histoire de Bordeaux et de Mérignac sous l'Occupation.

Au cours de la visite, les échanges ont également porté sur l'Italie fasciste et les lois raciales adoptées en 1938 par le régime de Mussolini, qui ont notamment exclu les Juifs italiens de l'école, de nombreux emplois et d'une partie de la vie publique.

Ces références à l'histoire italienne sont revenues dans les discussions autour de certains faits présentés dans l'exposition. Les échanges avec le guide ont aussi porté sur le fonctionnement du camp, les personnes qui y étaient internées et leur devenir après Mérignac.

Enseignants italiens devant une exposition consacrée au camp d'internement de Mérignac-Beaudésert et à la déportation
L'exposition consacrée au camp d'internement de Mérignac-Beaudésert permettait de revenir sur les parcours des personnes internées et déportées.

Une visite à la synagogue de Bordeaux

L'après-midi, le groupe a été reçu par le rabbin de la synagogue de Bordeaux.

L'histoire de Boris Cyrulnik, évoquée le matin aux Archives à travers le parcours de ses parents, était également liée à ce lieu.

En janvier 1944, alors qu'il avait six ans, Boris Cyrulnik a été arrêté lors d'une rafle à Bordeaux. Enfermé dans la synagogue avec d'autres personnes arrêtées, il a réussi à s'en échapper.

Le matin, nous avions découvert l'histoire de l'internement de ses parents à Mérignac. Quelques heures plus tard, nous étions dans le lieu où leur fils avait été détenu avant de réussir à s'enfuir.

Boris Cyrulnik est aujourd'hui connu notamment pour ses travaux sur le traumatisme et la résilience. Son parcours d'enfant pendant la guerre fait aussi écho au travail mené par Poppies and Daffodils autour des conséquences des conflits sur les enfants et des processus de reconstruction.

Enseignants italiens reçus par le rabbin lors d'une visite de la synagogue de Bordeaux
Le groupe a été reçu à la synagogue de Bordeaux pour une visite consacrée à l'histoire de la communauté juive bordelaise.

Une exposition présentée dans la synagogue retrace également l'histoire de la communauté juive bordelaise. Elle aborde les persécutions et les déportations pendant la guerre, mais aussi les difficultés rencontrées par certains survivants après 1945.

Des personnes revenues à Bordeaux ont trouvé leur logement occupé. Des biens avaient été spoliés et des commerces perdus. La récupération de ce qui leur appartenait pouvait prendre du temps et se heurter à des procédures complexes.

Cette partie de l'exposition a suscité plusieurs questions. La situation à laquelle les survivants ont été confrontés à leur retour est un aspect de l'après-guerre moins connu que les déportations elles-mêmes.

Le rabbin a répondu aux questions des enseignants sur l'histoire de la synagogue et de la communauté juive bordelaise. Les échanges se sont déroulés en français.

Une histoire bordelaise vue par des enseignants italiens

Les enseignants présents connaissaient les grandes étapes de la Seconde Guerre mondiale et de la persécution des Juifs en Europe. Les visites leur ont permis d'entrer dans une histoire beaucoup plus locale : le camp de Mérignac-Beaudésert, les rafles organisées à Bordeaux, la communauté juive bordelaise et les parcours de personnes directement liées à ces lieux.

L'histoire italienne est revenue à plusieurs reprises dans les échanges. Les enseignants ont évoqué les lois raciales de 1938 et certains rapprochements avec les sujets qu'ils abordent eux-mêmes dans leurs classes.

Pour les enseignants de français du groupe, les visites permettaient aussi d'utiliser la langue dans un contexte différent. Il fallait suivre les explications, comprendre un vocabulaire historique précis et poser des questions aux personnes rencontrées.

Les enseignants d'histoire ont davantage interrogé les faits, les parcours et la manière dont cette période est aujourd'hui transmise à Bordeaux.

Les discussions ont ainsi évolué en fonction des sujets présentés et des questions du groupe.

Une action organisée avec Poppies and Daffodils

Poppies and Daffodils et Glotte Trotters ont organisé ensemble cette partie du programme Erasmus+.

Pour Poppies and Daffodils, le choix de ces deux visites était directement lié au travail de l'association sur la mémoire des conflits, leur transmission et l'éducation à la paix.

L'exposition des Archives départementales était temporaire. Elle donnait accès à des documents et à des parcours liés à l'histoire du camp de Mérignac-Beaudésert. La visite de la synagogue et les échanges avec le rabbin ont permis d'aborder l'histoire de la communauté juive bordelaise et certains aspects de l'après-guerre.

La présence d'enseignants italiens a aussi orienté une partie des discussions vers l'histoire de leur pays.

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