Résilience
Grandir avec la guerre : les blessures invisibles
Quand le traumatisme se transmet d'une génération à l'autre
Toutes les blessures de guerre ne se voient pas. Certaines ne saignent pas, ne se soignent pas à l'hôpital, et ne s'arrêtent pas quand les armes se taisent. Elles habitent les survivants, puis leurs enfants, et parfois les enfants de leurs enfants.
Cette page explique, simplement, ce que sont ces blessures invisibles : le traumatisme de guerre, et sa transmission silencieuse au sein des familles, chez les militaires comme chez les civils.
Le traumatisme de guerre : un siècle pour le reconnaître
On l'a appelé « obusite » ou shell shock en 1914-1918, quand des milliers de soldats revenaient des tranchées tremblants, mutiques ou hantés, sans blessure apparente. Longtemps incompris, parfois accusés de lâcheté, ces hommes souffraient de ce que la médecine nomme aujourd'hui le trouble de stress post-traumatique (TSPT).
Le TSPT peut toucher toute personne exposée à un événement d'une violence extrême : combattants, mais aussi civils bombardés, déportés, réfugiés, victimes d'attentats. Il se manifeste par des reviviscences (cauchemars, flashbacks), un état d'alerte permanent, l'évitement de tout ce qui rappelle l'événement, et un retrait émotionnel qui coupe peu à peu la personne de ses proches.
Ce dernier point est essentiel pour comprendre la suite : le retrait émotionnel ne touche pas que le blessé. Il atteint ceux qui vivent avec lui, et d'abord ses enfants.
Le traumatisme transgénérationnel : la souffrance qui se transmet
Quand une souffrance ne peut pas se dire, elle ne disparaît pas : elle se transmet. Les psychologues l'ont d'abord observé chez les enfants de survivants de la Shoah, puis chez les descendants d'anciens combattants et de réfugiés : les enfants grandissent dans les silences, les non-dits, les colères inexpliquées, et développent parfois eux-mêmes anxiété, hypervigilance ou culpabilité, sans avoir jamais connu la guerre.
Le mécanisme est simple à comprendre : un enfant apprend le monde à travers ses parents. Quand un parent porte une peur indicible, l'enfant la ressent sans pouvoir la nommer. Il grandit avec une question sans réponse, et cette question devient parfois la sienne.
Ce phénomène touche les familles de militaires comme les familles civiles : l'enfant du soldat revenu changé d'Afghanistan, l'enfant du réfugié qui ne parle jamais du pays perdu, le petit-fils du déporté qui a hérité d'un silence.
Une histoire que nous connaissons de l'intérieur
Notre association est née de cette réalité. Paul, deux ans quand son père tombe en 14-18, grandit sans lui. Mobilisé en 1939, prisonnier six ans en Allemagne, il rentre en 1945 : son fils, qui ne l'a jamais vu, l'appelle « Monsieur ». Trois générations plus tard, ces silences ont donné naissance à Poppies and Daffodils : transformer l'héritage du traumatisme en héritage de transmission.
Reconnaître les signes pour protéger les enfants
Chez un enfant touché directement ou indirectement par la guerre, la souffrance s'exprime rarement par des mots. Elle se manifeste autrement :
Dans le corps
Troubles du sommeil, cauchemars, maux de ventre ou de tête répétés, régressions (énurésie, succion du pouce), fatigue inexpliquée.
Dans le comportement
Repli sur soi ou agressivité soudaine, hypervigilance, sursauts, difficultés de concentration à l'école, jeux qui rejouent des scènes violentes.
Dans les émotions
Peurs intenses (séparation, bruits, nuit), tristesse durable, culpabilité, sentiment d'insécurité permanent, difficulté à se projeter dans l'avenir.
Ces signes ne sont ni une fatalité ni une faiblesse : ce sont des réactions normales à des événements anormaux. Les reconnaître tôt, en parler, et accompagner l'enfant, c'est ouvrir la voie de la reconstruction.
Une blessure invisible cesse de se transmettre le jour où elle peut enfin se dire.
La bonne nouvelle, c'est que des chemins existent : l'expression, le jeu, le lien, la transmission. C'est l'objet de la page suivante.
Les chemins de la résilience Les enfants dans la guerre